Vox balaenae

Publié le par La musique, une nuisance qui s'honore

Bonjour!

 

          Aujourd'hui, petit article pour parler d'une oeuvre inspirée du chant des animaux. Non je n'ai pas choisi le vol du bourdon ou Pierre et le loup... J'aurai pu. Certes. Mais j'ai voulu faite un peu plus original, et j'ai choisi les baleines. Oui, parce qu'il y a des musiciens qui sont inspirés par les baleines. Georg Crumb par exemple. Et c'est sa pièce appelée "Vox Balaenae" que j'ai choisie.

 

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          Il s'agit d'une oeuvre composée en 1971, pour le New-York Camerata. Crumb s'est inspiré d'un enregistrement du chant de la baleine à bosse, qu'il avait entendu deux ou trois ans auparavant. Mais ce qui m'intéresse dans cette pièce n'est pas seulement le fait qu'il se soit inspiré d'un animal, bien d'autres l'ayant fait avant lui, mais le fait que cette pièce en trio ne soit pas écrite pour flûte violoncelle et piano amplifiés, mais pour trois masques. Trois masques, oui oui. Chacun des musiciens doit porter un masque noir (un loup). Pourquoi cela? Crumb souhaitait faire disparaître le caractère humain de l'homme pour ne laisser passer que son côté "créature". Autrement dit (parce que je ne sais pas si c'était très clair...), le but est de nous faire oublier les musiciens pour mieux nous faire "entendre la nature" au travers de la musique. Pour être plus exact, voilà ce que Crumb en dit: "The masks, by effacing the sense of human projection, are intended tout represent, symbolically, the powerful  impersonal forces of the nature"*. Le compositeur avait aussi suggéré de réduire l'éclairage scénique, et de lui donner une couleur bleue.

 

          Il s'agit donc plutôt de recréer une atmosphère. Mais en réalité, Crumb se veut bien plus figuratif que cela. Vox balaenae se divise en huit parties, organisées selon un ordre logique, et même chronologique! L'oeuvre s'ouvre sur une grande vocalise de la flûte, qui me semble servir à faire rentrer l'auditeur dans la pièce. Est ensuite exposé au violoncelle (en harmoniques), le "sea-theme", qui sera le fil rouge, pusiqu'ensuite décliné sur cinq variations. Et ces cinq variations portent des noms particuliers, car empruntés aux ères géologiques: archeozoic-proterozoic-paleozoic-mesozoic-cenozoic. Pour ceux qui s'y connaîtraient mieux que moi, je crois qu'il s'agit des âges qui précèdent le jurassic. Derrière ces noms quelque peu alambiqués, Crumb a placé toute une symbolique de l'évolution (que je dois avouer ne pas avoir encore totalement saisie...).

 

           Cette oeuvre me plaît beaucoup, j'arrive sans peine à me laisser prendre par l'ambiance aquatique. Je trouve qu'on a un peu l'impression de découvrir à travers Vox Balaenae une fenêtre sur un monde que l'on connaît peu. Certaines harmonies me font par ailleurs beaucoup penser à de la musique indienne. J'ai l'impression de voyager quoi. Mais ce qui me plaît le plus, c'est que j'ai vraiment la sensation qu'il y a quelque chose derrière la musique, qu'elle a quelque chose à raconter. Je n'ai pas tout compris, mais ce n'est pas forcément plus mal, car peut-il y avoir encore du plaisir à écouter une musique que l'on aurait vraiment comprise?**

 

          Allez, place à la musique!

 

 

 

 

*Les masques, en effaçant le sens de la projection de l'homme, sont destinés à représenter, symboliquement, les puissantes forces impersonnelles de la nature.

** Je ne m'étendrai pas sur le sujet aujourd'hui, j'aurai trop à dire, mais pourquoi pas une autre fois si ça vous intéresse! (et je pense que vous auriez aussi beaucoup à dire!)

*** Si ça vous intéresse, vous pouvez aller voir par là (http://www.georgecrumb.net/comp/voice-p.html), vous trouverez plus d'informations...

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