La musique, une nuisance qui s'honore...

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Lundi 31 mai 2010 1 31 /05 /Mai /2010 22:45

Bonjour !

Suite à une suggestion de Pyrausta dans un commentaire sur un article précédent, je vais consacrer cet article aux voix et au chant bulgares. 

 

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En Bulgarie existe une riche et très ancienne tradition vocale de la polyphonie vocale, popularisée en Europe sous le nom générique de « Mystère des voix bulgares ».  Quelle idée en avons-nous? Lorsque l'on parle des voix bulgares, on pense aisément à des chants au timbre pénétrant, comme "nasalisé".  On pense à ces voix qui emplissent l'espace sonore de leurs harmonies complexes, sans pour autant l'envahir. Bref, on se trouve face à un monde musical que l'on connaît assez peu.

 

La tradition du chant bulgare a des origines diverses, mais que l’on ne connaît pas toutes aujourd’hui. Parmi elles figure la superstition qui nourrit, comme dans bien d’autres pays dans le monde, ballades et chants. On pensait ainsi que la construction d’un pont ou d’un immeuble important ne pouvait réussir si un sacrifice n’était consenti. On emmurait donc une personne dans les fondations du dit édifice afin d’en assurer la solidité. Au fil du temps, cette tradition a perdu de sa tragédie : on arrosait les fondations du sang d’un animal. (On notera que casser une bouteille de champagne sur la coque d’un navire relève un peu de la même idée !). Il existe ainsi de nombreuses ballades qui racontent l’emprisonnement d’une femme d’un des trois frères construisant un pont.

Mais les chants n’étaient pas tous basés sur des événements dramatiques. De fait, en Bulgarie, les mariages durent une semaine (bon, peut-être plus aujourd’hui). Chaque jour doit être accompagné de chants précis. Outre des événements uniques comme un mariage, le chant avait (et a toujours un peu) une fonction calendaire. C’est-à-dire qu’il a un rôle précis lié à une saison, une époque de l’année, un événement récurrent. En Bulgarie, la musique vocale est surtout liée au travail agraire (moissons, récoltes…). Mais il ne s’agit pas pour autant de chants de labeur. Le chant avait plus une portée symbolique, qui rejoint là encore la superstition. Voilà quelques une des origines du chant bulgare.

 

Passons à la pratique. Où plutôt à l’explication de la pratique. Il me serait difficile de vous parler de la technique vocale en elle-même et de ce timbre si caractéristique, mais je me suis penchée sur les grands « concepts » des voix bulgares.

Notons d’abord que le chant bulgare est un chant qui se pratique le plus souvent à plusieurs, mais selon des principes fondamentaux qui peuvent changer. Ainsi, on peut trouver des chants antiphoniques. L’antiphonie est une technique de chant choral où deux chœurs ou deux groupes se personnes se partagent un chant. A la base, l’antiphonie induit un clivage hommes/femmes. Toutefois, les voix bulgares telles qu’on les connaît aujourd’hui ne réunissent le plus souvent que des femmes et/ou des voix d’enfants. On parlera alors de chant antiphonal dès lors que le groupe est scindé en deux, avec un principe d’alternance ou de léger tuilage.

Autre technique : celle du bourdon. Elle s’emploie dans certaines polyphonies ou hétérophonies vocales (ou instrumentales). Certaines voix fournissent le bourdon (note tenue) qui peut-être continu ou rythmique tandis qu’une ou plusieurs autres chantent la mélodie. Cette pratique du bourdon est en Bulgarie souvent liée à celle de la diaphonie.

La diaphonie fonctionne sur le principe du bourdon, mais y ajoute plusieurs règles. Ainsi, une meneuse chante la mélodie tandis que les voix fournissant le ou les bourdons sont le plus près possible du son fondamental de la mélodie. Les intervalles entre les différentes voix sont donc assez petits, ce qui peut donner une impression de dissonance. Toutefois, d’un point de vue physique, cette forme de chant se pratiquant gorge ouverte pour éviter les vibrations du diaphragme, ce qui permet d’obtenir des intervalles qui sonnent parfaitement, sans « battements ». La diaphonie « interdit » les unissons ou octaves (qui eux font entendre une consonance parfaite), ainsi, dès que deux voix se rejoignent, l’une des deux s’écarte immédiatement pour ne pas rester à l’unisson.

Une autre particularité notable du chant bulgare est sa précision rythmique. De notre point de vue occidental, on peut parfois avoir l’impression d’une absence de régularité, d’un « fouilli » rythmique. Mais c’est en vérité tout le contraire ! La notion de rythme est extrêmement présente et importante dans le chant bulgare. Et c’est sa complexité qui fait parfois que nous perdons nos repères. Il faut savoir que comme ailleurs dans le monde, le chant est souvent utilisé pour accompagner la danse. Prenons un exemple : le aksak. Le aksak est un rythme asymétrique typiques des danses bulgares et de l’ensemble des balkans. Ce rythme, qualifié de « bulgare » par Bartok, est composé de rythmes binaires et ternaires alternés. C’est un rythme que l’on trouve beaucoup dans la polyphonie. (Si ce que je pense est exact, il doit s’agir d’un rythme du même genre que celui qui compose la deuxième partie de la mélodie de svatba (cf vidéo de l' article sur la voix)).

 

Et aujourd’hui, qu’en est-il de la musique traditionnelle vocale bulgare ? Eh bien elle n’a pas échappé à la folklorisation. Il s’agit d’un phénomène qui fixe et amplifie les stéréotypes qui se figent dans une démarche de spectacle ou de représentation. On assiste alors à une exacerbation des éléments les plus « esthétiques » : costumes, danses, instruments de musique… La folklorisation a peut-être permis de faire connaître la musique bulgare, mais je ne suis pas sûre qu’elle ne nous en ai pas fait perdre une partie pour créer un ensemble unifié.

 

Voilà donc une petite présentation des voix bulgares, qui est loin d'être exhaustive, mais qui peut permettre d'appréhender un peu plus précisément cet univers musical!

 

 



première vidéo: un petit exemple de bourdon traité en diaphonie (8'' à  28'' notamment)
deuxième vidéo: on retrouve la disticntion meneuse/choeur, mais je ne saurai affirmer si l'on peut ici parler de diaphonie, étant donné que l'on a plus à faire à une harmonisation de la mélodie qu'à un véritable bourdon
vidéo 3: un bel exemple de la complexité rythmique que peuvent avoir les chants bulgares (premier chant)! deuxième chant: je pense que l'on peut le rattacher au principe d'antiphonie. Et... un petit bonus... auquel on ne s'attendait pas!
dans les trois vidéo... une folklorisation bien présente! 

 

sources: petit atlas des musique du monde, coédition Monomis Media/Cité de la musique // Dictionnaire thématique des Musiques du Monde, Etienne Bours, ed. Fayard

 

Par La musique, une nuisance qui s'honore - Publié dans : opéra - oeuvre lyrique et voix
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